Rencontre avec BDS France

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Pétition du CNPJDPI pour l’abrogation de la circulaire Alliot-Marie

Communiqué d’EELV consécutif à la rencontre où EELV demande l’arrêt de la criminalisation de BDS

Appel des juristes européens en faveur de BDS (11 décembre)

Déclaration de Federica Mogherini en faveur de BDS (29 octobre)

Pétition de l’AFPS pour la décriminalisation de BDS

Compte rendu de rencontre du secteur international avec la campagne BDS France
au CEDETIM, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, le 8 novembre 2016

Voir ici l’entretien d’Elise Lowy avec Imen Habib en vidéo

Elise Lowy (déléguée aux relations internationales), Andréas Pilartz (délégué d’EELV auprès du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Israéliens et Palestiniens (CNPJDPI) et Constantin Fedorovsky (assistant aux relations internationales) ont rencontré le 8 novembre au CEDETIM, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, une délégation de la campagne BDS-France composée de Mmes Imen Habib, coordinatrice de la campagne, Linda Sehili (chargée de la formation) et Marie-France (groupe BDS du 13ème arrondissement de Paris). Cette rencontre faisait suite à celle qui avait eu lieu le 5 juillet au secrétariat national d’EELV à Paris. La discussion a débuté par les :

Relations entre le Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens et BDS-France :

Andréas Pilartz rappelle qu’au sein du CNPJDPI, la trentaine d’organisations, dont EELV, qui le composent s’accordent sur la position du boycott de tous les produits issus des territoires palestiniens illégalement occupés par Israël et des produits israéliens qui ne respectent pas les normes de traçabilité permettant de les distinguer de ceux issus des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Chacun s’accorde aussi sur la nécessité du désinvestissement des entreprises étrangères tirant profit de la colonisation (de tout commerce ou partenariat de commerce dans les territoires palestiniens occupés) et sur la nécessité de sanctions internationales pour contraindre Israël à respecter le droit international, en particulier de la suspension de l’accord commercial UE/Israël., et sur la décriminalisation de la campagne BDS au nom de la liberté d’expression non-violente.

Par contre, la position de BDS France en faveur du boycott sportif, culturel et universitaire d’Israël n’est pas toujours partagée au sein du collectif, non plus qu’au sein d’EELV. Parmi les membres les plus importants du collectif, si le PCF est pour, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) est contre, un peu par souci de ne pas paraître extrémiste, un peu parce que ses militants sont généralement plus anciens que ceux de BDS France et qu’ils préfèrent insister sur les sanctions et le désinvestissement que sur le boycott, jugé peu efficace.

Imen Habib pense que l’opposition au boycott sportif, culturel et universitaire relève plus de certains anciens militants, attachés et à la solution des deux Etats par le dialogue et soucieux de ne pas paraître délégitimer Israël, que de leurs organisations. Linda Sehili confirme la différence générationnelle entre les militants de l’AFPS et ceux de BDS France dont c’est souvent le premier engagement, plus radical, alors que l’actualité, avec l’accroissement de la colonisation, repousse toujours davantage l’espoir d’une solution à deux Etats.

Andreas demande pourquoi BDS France n’adhère pas à la Charte du CPJDPI. Imen Habib répond par la spécificité de leur regroupement, précisant que comme la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, BDS-France est partenaire même si pas membre, du collectif, et que l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), proche de BDS-France l’y représente en quelque sorte.

Constantin Fedorovsky note que les produits provenant des territoires palestiniens occupés ne représenteraient que 1 % des exportations israéliennes vers l’Europe et que cantonner le boycott à ces seuls produits ne serait donc guère pénalisant pour Israël et pourrait légitimer la demande d’un boycott plus vaste. Andreas précise qu’en revanche 22 % des « biens de bouche » importés viendraient des colonies et que leur boycott serait pénalisant pour les colons. Linda Sehili estime que si cette action symbolique ne mettra pas Israël en faillite, elle n’en reste pas moins nécessaire pour faire respecter le droit international.

Imen Habib rappelle que l’ONU, par sa résolution 67/19 de novembre 2012, reconnaît le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, et estime que l’appel au boycott est une action non violente et antiraciste plutôt « douce ». Elle comprend que le boycott sportif, culturel et universitaire puisse paraître violent, mais précise qu’il ne s’agit pas de boycotter un artiste israélien qui viendrait ici mais seulement s’il est soutenu par l’Etat qui pratique l’apartheid ou par une de ses officines. Marie-France signale la sortie récente du livre du cinéaste israélien Eyal Sivan et d’Armelle Laborie « Un boycott légitime » qui explique qu’Israël se sert de la culture comme d’un vecteur de propagande alors que l’université collabore avec l’armée et discrimine les étudiants palestiniens, et que le boycott, qui ne concerne pas les personnes mais les institutions et ceux qui les soutiennent, est un mode de résistance pacifique parfaitement légitime. Pour Marie-France, BDS-France « casse l’image positive » qu’Israël veut donner.

Récents événements :

Imen Habib rappelle que depuis notre rencontre de juillet, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères a condamné les attaques contre les militants de BDS en déclarant le 29 octobre :

« L’UE se situe fermement dans le soutien à la liberté d’expression et d’association conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui s’applique sur le territoire des Etats membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire ». Mogherini a aussi affirmé que “La liberté d’expression, comme le souligne la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’homme, s’applique aussi aux informations ou aux idées « qui choquent ou dérangent l’Etat ou tout secteur de la population. »

Un soutien très important, quoique tardif par rapport à celui de la FIDH, d’Amnesty International, de l’Internationale socialiste et de nombreux autres, à l’heure où des militants BDS risquent encore d’être condamnés à Toulouse et à Metz, après ceux qui ont déjà été condamnés à Mulhouse, la France (NDLR : les 4 militants de Toulouse ont été condamnés le 11 décembre à une peine mineure 1000 Euros d’amende avec sursis pour un prétendu « délit de discrimination » non précisé, en totale contradiction avec les recommandations de Federica Mogherini ».

Imen Habib explique que les municipalités de Bondy et d’Ivry sur Seine ont voté de « superbes » vœux en faveur du BDS. Elise Lowy demande à les recevoir pour les relayer aux élus EELV et accède à la demande de BDS-France qu’EELV s’exprime officiellement pour la décriminalisation du mouvement BDS (NDLR : ce qui a été fait le 29 novembre par le communiqué « Les écologistes solidaires du peuple palestinien » qui précise que :

« Afin de contraindre Israël à respecter le droit international et à rechercher une solution pacifiée, Europe Écologie les Verts soutient la campagne non-violente Boycott – Désinvestissement – Sanctions, et dénonce la répression dont sont l’objet les militant-e-s de BDS.

Boycott des biens produits dans les colonies israéliennes en Cisjordanie.

Désinvestissement des entreprises étrangères tirant profit de la colonisation.

Sanctions contre Israël, en particulier suspension des accords d’association entre l’Union européenne et l’État israélien, tant que les droits de l’homme ne seront pas respectés.

Pour les écologistes, cette campagne doit permettre des négociations entre toutes les parties pour construire la paix. Une paix nécessaire tant pour le peuple palestinien que pour le peuple israélien, ainsi que pour tout le Proche-Orient. »

Compte-rendu de Constantin Fedorovsky